Rencontre avec Anne-Sophie Boutry

« Je sculpte la terre, plonge dans le vide et le plein, lutte avec le trop, joue avec tout et rien. J’ai pétri la boue et j’en ai fait de l’or ». Baudelaire

DSC_0079 - Copie (Small) Dans l’atelier lumineux Terre et Feu d’Issy Les Moulineaux, Anne-Sophie se concentre sur son bloc de terre grise. Ses mains adhèrent à la terre et en écoutent l’épiderme. Que sentent ses mains ? Que dit la terre ? Quelle forme naissante entre sa paume et l’argile ? D’une masse informe nait un visage, une expression, une histoire, la vie…. Pour Anne-Sophie, modeler, sculpter, travailler la terre …, créer est un acte vital, une nécessité d’abonder dans le sens de la vie. « Créer, pour moi qui n’ai pas d’enfant, est très important ; c’est une forme de maternité symbolique» confie-t-elle.

Lors de ses études de graphologie et de morphopsychologie, ses professeurs mettent en relief sa créativité en lui donnant l’impulsion nécessaire pour la développer. S’impose peu à peu pour elle la nécessité de faire le lien entre sa passion pour l’humain et la nécessité de s’exprimer grâce au modelage d’argile et à l’écriture. Elle crée, il y a une dizaine d’année, l’atelier qu’elle anime, notamment au Forum104, pour l’association Artliance : un travail sur l’image de soi et l’accueil du regard d’autrui ; elle y assure aussi l’atelier «Modeler la terre et les mots» pour le Groupe d’Etudes C.G. Jung. « Je suis là, présente, le plus disponible possible pour les personnes qui viennent à la rencontre d’elles-mêmes, et je tente juste de m’adapter à leur actualité » explique Anne-Sophie. Au départ de ces ateliers, Anne-Sophie propose aux participants de modeler leur visage ou un visage autre, en mettant en relief ce qu’ils aiment ou ce qu’ils n’aiment pas de ce visage. « Le travail de l’argile étant éminemment projectif, il permet de rentrer immédiatement en relation avec l’inconscient » explique-t-elle. « Je me souviens par exemple d’une jeune femme, tonique, puissante, formatrice en entreprise, assez masculine dans son énergie… La sculpture qu’elle a réalisée montrait un buste qui avait quelque chose d’une femme tendue en avant, une allure presque guerrière. Mais le visage était plein de douceur, caressant… touchant. Mon travail a alors consisté à accompagner cette prise de conscience de ce désir latent en elle de de vivre sa dimension de douceur et de tendresse ». Selon Jung, dont Anne-Sophie est adepte, l’équilibre de l’individu dépend en partie de la qualité du lien qui lie ses opposés. La question est donc de savoir quels sont les opposés qui nous habitent et de mettre en évidence le lien entre conscient et inconscient. Selon elle, l’argile permet de révéler ce lien, car les mains – aussi éloignées que possible des conditionnements mentaux, parlent d’elles-mêmes. « Il y a ce que l’on veut de façon consciente et ce que l’on désire de façon inconsciente ; le tout est d’accorder les deux » précise-t-elle. Anne-Sophie évoque ainsi le souvenir d’une femme anorexique qui avait modelé un beau bébé joufflu, parlant ainsi d’une très belle façon de son désir de vie profond.

Des ateliers guidés en liberté

DSC_0031 - Copie (Small) Les ateliers d’Anne-Sophie suggèrent de laisser le plus possible émerger la spontanéité en faisant confiance à son ressenti. Ainsi, Anne-Sophie propose aux participants de choisir leur terre, noire, rouge, grises, verte… et les yeux fermés de sentir avec les mains quelle chamotte[1] leur convient le mieux – dense, souple, lisse ou rugueuse…. Les participants sont ensuite invités à prendre possession de l’espace qui leur correspond dans la pièce, un tout petit coin si besoin, ou plus d’ampleur si nécessaire. En fonction de ce qu’elle sent sur le moment, Anne-Sophie suggère un thème en disant que s’il leur « échappe », c’est « tant mieux ! », car cela signifie que les mains ont choisi avec leur propre intelligence l’orientation pour créer. Elle suggère, par exemple, d’établir un contact entre la terre et leur visage – est-ce agréable ? Est-ce doux, froid, humide ? J’aime ce contact ou je ne l’aime pas ? Elle propose également de mettre la terre contre une oreille pour écouter ce qu’elle a à dire en quelque sorte, et ce que la personne aimerait lui répondre. Cela pose les bases d’un dialogue. Lors de ce dialogue intuitif et sensible avec la matière, des idées soudaines peuvent jaillir : « Tiens cela me rappelle ma mère ! » ou encore « Cela évoque un moment de mon enfance »…. « Le modelage d’argile étant éminemment structurant, enracinant et réconciliant…, on assiste parfois à des moments de réconciliation avec ses dimensions inachevées ou blessées, de réparations avec soi-même et ses proches….On touche du doigt la dimension psychologique – spirituelle aussi – de cette démarche » témoigne Anne-Sophie. Pour autant, celle-ci ne qualifie pas son travail de « thérapeutique ». Lesateliers peuvent avoir des effets thérapeutiques, mais sont avant tout des moments de créativité à la rencontre de soi et d’ouverture « artistique ». « Certaines personnes –souvent des hommes, se sentent parfois coincées dans leur créativité », remarque Anne-Sophie, « moi, quand ça coince, il m’arrive de jeter mon travail par terre de façon à lui donner un nouveau départ. Une autre forme émerge et donne parfois de belles surprises. Je leur propose de faire pareil, et se laisser surprendre par l’inattendu».

DSC_0044 - Copie (Small)

 Ouverture sur l’accompagnement psychologique

Pour autant, l’aspect thérapeutique n’est pas étranger à Anne-Sophie qui, progressivement, a creusé son parcours :

Graphologue et morphopsychologue, elle assure des entretiens d’orientation. Art thérapeute, elle co-anime au sein de l’association Terre d’Arcs-en-Ciel de Boulogne des ateliers auprès de personnes en difficulté psychique. Graphothérapeute, elle accompagne enfants et adultes en souffrance avec leur écriture. « Cette problématique s’objective toujours par une crispation corporelle, comme si la personne s’engageait dans l’écriture à son corps défendant. Ecrire, tout comme modeler, implique le corps » remarque-t-elle. Et là encore, c’est un nouveau point de contact entre les différentes orientations d’Anne-Sophie, car son travail consiste à accompagner et à permettre une relaxation favorable aux déblocages émotionnels et physiques, qu’il s’agisse du modelage ou de l’écriture. « Dans cette résonnance d’inconscient à inconscient, c’est peut-être parce que nous sommes touchés par des problématiques similaires que l’ouverture peut s’opérer. Les personnes viennent à moi, peut-être par ce qu’elles sentent que j’ai franchi un seuil ou une étape de plus sur une problématique qui nous concernent toutes deux. Je dis cela en toute modestie, c’est parce que nous nous ressemblons, que je peux ouvrir un chemin et proposer la direction dans le sens où coule la vie. Un chemin pour les personnes en quête de sens»

Sur la base d’un entretien réalisé par Christine Kristof-Lardet

[1] La chamotte, ou tesson broyé, est une argile brute cuite à une température de 1300 – 1400 °C, broyée et tamisée. Elle facilite le travail de modelage pas sa densité et ses qualités à la cuisson.

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